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Chronique de l’enquête-mystère #1

C'était un lundi après-midi. D'habitude, lundi après-midi, c'est peinard. Si on est ouvert le lundi, en fait, c'est pour les artisans. Mais ils viennent surtout le matin, à l'ouverture. Et puis l'artisan, il est toujours à la bourre. Il sait ce qu'il veut, alors il se sert et il gicle. C'est pas comme d'autres.

Du haut de l'allée, j'ai vu que c'était pas un cadeau qui s'amenait. Une femme, que déjà dans ce qu'on fait, elles y connaissent pas grand chose. A part, bien sûr, la patronne du magasin. Elle avait le catalogue de l'enseigne à la main, ce qu'est pas bon signe et elle a tout de suite cherché un vendeur dans le rayon. Moi, je l'ai laissé tourner. Des fois, les clients, ils finissent par lâcher l'affaire. Pas elle.

Quand elle s'est ramenée dans mon dos, je me suis mis à rempoter le rayonnage, genre débordé. Mais comme elle a attendu que je termine, il a bien fallu que je lui cause. J'avais eu du nez de me planquer. Elle avait plein de questions. Elle voulait même savoir si on pouvait la livrer et lui monter le matériel, sous prétexte que c'était écrit sur notre site web. "Faut pas croire tout ce qu'on trouve sur Internet, ma p'tite dame", que j'y ai dit. D'habitude, "ma p'tite dame", ça énerve. Mais pas elle. Elle m'a remercié, elle a chopé une boîte de piles dans une corbeille et elle est partie aux caisses. Tout ça pour ça. Ceci dit, j'ai vérifié pour les services, question livraison et montage, elle avait raison. Là où ça s'est gâté, c'est quand on a reçu les scores des visites-mystère. La patronne a réuni toute l'équipe de vente et elle nous a demandé ce que notre concurrent d'en face avait de plus qu'elle. On lui a répondu qu'on n'en savait rien. Alors elle a voulu qu’on lui dise pourquoi on travaillait pour lui. Ça devait être la p'tite dame le client-mystère. C'est le seul particulier à qui j'ai parlé sur la période. Heureusement, la visite-mystère, c'est anonyme, vu que ça sert pas à fliquer mais à s'améliorer. Quand je vois qu'avant ça, je savais même pas qu'on pouvait installer chez le client, je reconnais qu'il y a de quoi faire...